La finalité plastique des oeuvres de Clara Tournay sont des cartographies oniriques où l’organique rencontre le fantastique. Son oeuvre, traversée par une inspiration des maîtres de l’ukiyo-e japonais et des récits du réalisme magique, évoque ces paysages qui oscillent entre le réel et le rêvé, où chaque détail semble murmurer une histoire. Ses créations se tiennent à l’orée d’un seuil, entre mémoire et métamorphose, matière et lumière, comme si elles captaient les fragments d’un univers parallèle en perpétuelle mutation.
Clara Tournay s’empare des notions d’impermanence et de transitoire, ces états d’entre-deux qui révèlent la fragilité et la beauté éphémère du vivant. En convoquant le concept japonais du mono no aware, elle insuffle à ses oeuvres une mélancolie lumineuse : celle de saisir l’instant juste avant qu’il ne s’efface, de capter ces détails : une ombre, une lumière, une texture. S’appuyant sur des références telles que les explorations de Paul Mignard ou les compositions de Thu-Van Tran, elle manipule la lumière et la matière comme des narrateurs tacites, jouant avec l’ambiguïté et la tension entre présence et absence.
Le processus créatif de Clara Tournay se déploie dans un dialogue constant entre spontanéité et maîtrise. Ses oeuvres naissent d’un travail en strates successives. À l’origine, des expérimentations pigmentaires, des coulures de peinture, et des traces laissées par des forces naturelles – gravité, absorption, évaporation – donnent naissance à des formes organiques et imprévisibles.
Ces gestes initiaux, comparables à une écriture automatique, sont ensuite réinterprétés par des interventions précises : retrait de matière, ajouts de réhauts, ou encore intégration de fragments textuels et symboliques. Ce processus aboutit à des textures vibrantes, presque charnelles, qui semblent osciller entre l’infiniment petit et l’infiniment grand, entre cartographies de territoires oubliés et paysages cosmiques. Dans ses oeuvres récentes, Clara Tournay fusionne peinture et photographie au moyen de techniques hybrides. Utilisant des clichés de surfaces naturelles qu’elle altère numériquement avant de les transposer sur des supports pigmentaires, elle superpose des couches translucides de pigments ou de peinture, créant ainsi des « empreintes hybrides ».
Mais au-delà de leur dimension esthétique, les oeuvres de Clara Tournay interrogent notre rapport au temps, à la mémoire et au sensible. Dans une époque marquée par l’urgence écologique et la disparition progressive des écosystèmes, ses créations agissent comme des memento mori du vivant. Elles invitent à une contemplation active, une redécouverte de cette beauté qui réside dans les interstices du visible. Dans cet entre-deux, là où lumière et matière dialoguent, Tournay nous invite à un voyage où les frontières s’estompent pour révéler un univers empreint de mystère et de résonance.

